Figeac, place forte protestante
1576 marque un nouveau tournant dans l’histoire de la ville, avec le saccage des édifices religieux et des bâtiments monastiques par les Huguenots. Ils investissent, et pour longtemps, la colline du Puy, transformant l’église en citadelle, le clocher en donjon, et son parvis en glacis, propice au dégagement des tirs de canon (les maisons du quartier haut furent alors rasées). Faite place de sûreté en 1598, Figeac connaît alors l’épanouissement d’une aristocratie seigneuriale convertie et s’instaure alors une nouvelle tranche de construction d’hôtels particuliers et de “maisons aux champs” (résidences nobles à tours d’escalier réparties sur les contreforts de la ville ou dans ses écarts : Massebac, Conjac, Etempes, La Tour Nègre). Passée la prise de Montauban par Louis XIII, et après 46 ans d’occupation, la citadelle du Puy sera enfin démantelée, alors que la Contre-Réforme se prépare à la reconquête religieuse par l’ouverture de couvents, de séminaires et de collèges. La création de l’Election de Figeac en 1626, qui crée de nouvelles charges et des offices lucratifs, permet l’enrichissement d’une notabilité qui peuplera les pentes du Puy et la rue de Colomb de somptueux logis sur cour.
Les intendants royaux du XVIIIe traceront les boulevards sur les fossés comblés, abattront les remparts et créeront les quais-promenades sur le Célé. Quant à la Révolution, elle laissera l’empreinte de la place de la Raison, à l’emplacement de l’ancien cloître de l’église Saint-Sauveur. La Restauration érigera son imposant calvaire à l’ouest (en haut des escaliers terminant l’actuel boulevard Juskiewenski), et le courant du XIXe verra s’édifier nombre de demeures “néos”, classiques ou troubadour, accompagnant l’ouverture de la gare et du chemin de fer en 1862. Premières restaurations du cœur médiéval de la ville, ouverture de la place Vival et malheureusement comblement du vieux canal des moines et ses ponts en dos d’âne vers 1950, Figeac définira dès 1970 son secteur sauvegardé, à l’origine depuis d’une revalorisation ininterrompue (ouverture du nouveau musée Champollion et sa double façade hiéroglyphique). Huit siècles d’architecture se contemplent au gré des quartiers et de leurs ruelles, et le visiteur y est courtoisement invité.
Les “clefs” de Figeac, un itinéraire d’excellence
Il serait illusoire et pour ainsi dire impossible de décrire en détails la multitude des bâtiments de la ville, qui constituent pour certains d’entre eux de véritables monuments. A tout le moins peut-on esquisser les grandes lignes des types d’architecture conservés par les siècles, que les habitants de Figeac et leurs édiles successifs, ont, malgré les périls, sinon totalement conservé, au moins juxtaposé ou transformé sur le territoire-même de leur évolution. Les églises, les places, les rues principales, mêmes reconstruites ou enrichies, échelonnent l’émouvant agenda du temps, disposent l’étonnante succession des demeures nobles et des édifices publics. Il en va de la curiosité des promeneurs, guidés par la signalétique des panonceaux des “clefs” de Figeac.
Principalement inscrites dans un triangle expansé, les constructions se répartissent selon quelques sites majeurs : la place de l’Estang et le quartier du Pin, les périmètres respectifs des églises Saint-Sauveur et Notre-Dame-du-Puy, la place Champollion et la rue de Colomb au centre, la place Carnot, sa halle et la rue d’Aujou vers l’ouest, la place Vival et le quartier Ortabadial au sud, enfin les remparts au nord.
La maison du Griffon et, à son opposé, la maison Laporte, confrontées place Champollion, offrent la double interprétation de la maison romane figeacoise d’une part, et le modèle gothique adopté au XIVe siècle par l’élite marchande d’autre part. Si toutes deux partagent les mêmes arcades au rez-de-chaussée, les fenêtres à remplage ici ou réticulées ailleurs, remplacent les baies géminées ou triples à l’étage. Aux décors de fruits et de feuilles des chapiteaux, aux figures grotesques des modillons, succèdent portails et moulures aux effets copiés sur les églises ; l’étage en pans de bois est désormais en pierre et caractérise un surcroît de confort. Les cheminées à haute souche sont coiffées d’une mitre (hôtel de la Monnaie place Vival). Sur cette même place, le musée Champollion présente une façade autrement contemporaine, délivrant arcades et baies de leurs huisseries, pour tendre un mur-rideau en retrait composé de caractères hiéroglyphiques noirs sur un fond bronze.
A quelques pas à l’est, rue Emile Zola, l’ensemble composite de l’hôtel Pezet et la tour du Viguier, associe façades romanes à galerie de baies triples à un logis XIVe richement décoré, une cour et la tour armée d’archères cruciformes et coiffée d’un soleilho. En retrait arrière du musée Champollion, sur la place des Ecritures – elle accueille depuis 1990 une réplique en granit noir de la Pierre de Rosette due à l’américain Joseph Kosuth -, se situe la galerie XIVe de l’hôtel Séguier, hôtel particulier remanié sur rue dans ses atours XVIIIe.
Un canal comblé, un portail détruit
Tout à fait à l’est dans le quartier de l’ancien canal, la maison du Gua ou du Guet, maison à pans de bois XVe, réalisait le guet sur la porte du Pin. La maison Gaillardy sur la place éponyme, montre des dispositifs charpentés en croix de saint André et un soleilho à aisseliers coudés typique des constructions postérieures à la guerre de Cent Ans ; alentour des maisons à colombages et à haute lucarne à poulie, dénotent l’activité des tanneurs de ce quartier. “Estang” et canal, comblés comme signalés plus haut, Figeac perdra cette part de charme qui la faisait un temps comparer à la “Venise du pauvre”. De retour vers le centre, rue Emile Zola, un emplacement creux à vocation de parking, désigne la situation de l’ancien hôtel de Sully disparu, et plus loin, à l’angle de la rue Tomfort, subsiste la plus ancienne maison de la ville (XII-XIIe).
Saint-Sauveur, église abbatiale édifiée entre 1093 et le XIVe siècle, très endommagée par les Protestants, connaîtra reconstructions et sacrilège. Le nouveau clocher se hisse au XVIIe mais la Révolution finit par démanteler cloître et bâtiments monastiques. Plus grave, en 1823, le portail monumental de l’église, d’une égale splendeur à ceux de Conques et Moissac, est détruit par un sombre architecte, Malo, et il n’en subsiste que des chapiteaux convertis en bénitiers au seuil de la nef ! Enfin en 1917, le dôme qui coiffait la croisée du transept s’écroule, obligeant à l’édification de nouvelles voûtes. Cette église toutefois, demeure conforme au plan bénédictin, accueille les chapelles sépulcrales des notables, des croisées d’ogives parmi les plus anciennes du pays, et les décors de bois peints et dorés de la salle capitulaire transformée en chapelle Notre-Dame-de-Pitié.
Au nord de l’édifice, rue Roquefort, l’hôtel Galiot de Genouillac, de ce sénéchal du Quercy et maître d’artillerie de François Ier, constructeur du château d’Assier, conserve son escalier à vis sur cour et sa rampe hélicoïdale, et son portail à fronton de décor Renaissance. Notons que ce grand serviteur du royaume, compagnon d’armes du roi en Italie, est parmi les grands dispensateurs en Quercy de cet art nouveau renaissant. A quelques pas à l’ouest, place Brugel, l’hôtel XIVe à puissante cheminée de souche ronde, appartenait à ce célèbre négociant et diplomate, Guillaume de Bonnemains, qui tenta en Egypte de monnayer la libération des Lieux Saints. La demeure connut également durant la Terreur, l’affreuse torture d’un parent des Dumont de Sournac, ses propriétaires d’alors…
A suivre… dans la troisième et dernière partie, à venir la semaine prochaine
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Texte Ph. Pierre – DireLOT

