Quel ruisseau lotois n’a pas eu son moulin – et même ses moulins ? Le Quercy est riche de ces premiers moteurs de l’Histoire, considérés comme le troisième patrimoine bâti de France, dont certains demeurent encore des réalités économiques. Mais souvent relégués au passé, bon nombre de moulins semblent voués à disparaître. Et si la meilleure façon de les conserver était de les rendre encore utiles ?
Pas moins d’une douzaine de moulins à eau sur cinq kilomètres. La vallée du Vignon, entre Martel et Les Quatre-Routes-du-Lot, révèle l’omniprésence de ce patrimoine qui égrène la moindre petite rivière. Celui de Paunac fut avec quelques autres bâti au 9e siècle par les moines de l’abbaye de Beaulieu. Ce fut au début une simple cabane, avec un minuscule canal, avant d’être agrémenté de plusieurs extensions au fil du temps, et d’être pourvu d’une amenée d’eau rehaussée par des remblais d’argile.
Il est le seul à fonctionner encore. « D’autres pourraient tourner si leurs propriétaires voulaient bien s’en donner la peine. Mais bien souvent, les moulins ne sont rachetés qu’en tant que maison, leurs occupants délaissent le reste et ignorent la gestion de l’eau de leur bief », regrette le maître des lieux, Clément Crémoux. Lui en connait tous les secrets. Il fut à la bonne école, né dans ce moulin et issu de huit générations de meuniers : « mon grand-père a acheté ici en 1919, et mon père l’a fait fonctionner jusqu’en 1956 ».
Le moulin de Paunac était doté de trois paires de meules, chacune dédiée à une farine différente : blé, orge et avoine, et aussi maïs, pour l’alimentation des hommes et des animaux. Il n’en reste qu’une, en parfait état de fonctionnement. Elle a gardé ses meules de pierre acquises en 1883, ainsi que la turbine en métal qui l’actionne, fabriquée à Souillac.
Clément Crémoux la met volontiers en mouvement à la demande de ses visiteurs, et explique à l’aide d’une petite maquette le fonctionnement et le réglage des meules. Au plafond, des vestiges de poulies rappellent toute l’ingéniosité d’une machinerie complexe organisée sur plusieurs étages, animée par la force de l’eau. Plus tard s’est aussi ajoutée une roue à aube : « une fantaisie, cela n’existe pas sur les moulins du Quercy mais plutôt dans les régions où il y a plus d’eau et moins de chutes, explique le fils de meunier, elle faisait tourner un moulin à grains pour les bêtes et une meule à aiguiser, je m’en sers aussi pour faire de l’huile de noix avec une meule récupérée d’un… Poursuivez la lecture de cet article en commandant le magazine ici : https://direlot.fr/boutique/direlot/direlot-256-novembre-decembre-2020/
Texte et photos Christophe Pélaprat

