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Les Causses du Quercy, éloge de l’art paysan / 3ème & dernière partie

par Vincent Besserve 19 août 2020
1,1K

Troisième et dernière partie qui fait suite aux articles des 03 et 11 août dernier… à la découverte de l’histoire des Causses du Quercy.

Cette maille de murets, la parcimonie des cultures ont donné aux Causses l’intimité et l’échelle d’un espace jardiné. Ici, peu de grands espaces vides, de landes infinies à l’instar des hauts plateaux aveyronnais. Le regard s’arrête vite sur la ligne d’un muret, la clède (portail) d’une entrée de champ… Une grangette, une cabane, n’est jamais très loin. Plus d’un siècle et demi plus tard, si le jardin a retrouvé les libertés de la nature, le décor de pierre est toujours là.

Parmi les constructions paysannes en pierres sèches, les caselles sont emblématiques du savoir-faire des bâtisseurs quercynois. Ces cabanes arrondies sont incontournables dans le paysage, gardiennes des champs et des chemins. Souvent isolées, elles servirent d’abri pour des outils, de bergerie occasionnelle pour une dizaine de brebis, de refuge d’une nuit pour le cultivateur et ses bœufs, en véritable annexe de propriétés morcelées. Près des hameaux ou partie intégrante des fermes, la caselle se fera poulailler, garde-pile (réserve à grain), cellier, soue à cochon, étable ou écurie, certaines feront office de pigeonnier. Agrémentée d’une fenêtre, d’une cheminée ou d’un évier, pourvue de niches et d’un dallage, elle a pu être habitée, de façon temporaire pour un saisonnier, comme lieu d’habitation principal pour les plus modestes. Des caselles furent les témoins d’une vie en autarcie, rassemblant parfois une famille nombreuse autour d’une ferme miniature : outre la cabane en pierres sèches, un appentis ou un abri à cochon, un bassin pour recueillir l’eau de pluie, quelques enclos… à Livernon, l’on se souvient de la caselle à étages de Chamez abritant une famille de huit personnes.

Chaque recoin de Causse a ses préférences, selon les opportunités de sa géologie : de grandes cabanes plutôt coniques et larges autour de Lalbenque, plus modestes aux toits parfois plus aigus au Nord du Causse de Gramat, de grande diversité sur celui de Limogne… D’Espédaillac à Cajarc s’égrènent de beaux spécimens : les hauteurs de Marcilhac-sur-Célé concentrent un échantillon de caselles exceptionnelles, souvent de bases carrées, révélatrices d’un Causse densément aménagé en balcon sur la vallée du Célé. Découvrir une caselle et admirer la régularité de sa voûte intérieure est bien souvent le point d’orgue d’une balade, le visiteur avisé saura cependant respecter la propriété privée et rester prudent devant celles en mauvais état.

Plus discrètes, les gariotes (guérite) s’intègrent dans un muret ou un cayrou, elles sont l’abri individuel le temps d’une pluie, le poste de garde du berger : une banquette en pierre et une dalle épaisse pour seul toit. A la fois simples et soignées, rustiques mais ingénieuses, elles aussi symbolisent l’authentique esthétique de tout ce patrimoine que l’on dit « petit » : cabanes, puits, lavoirs, fours à pain… Autant de témoins de la vie courante et d’espaces de sociabilité. De ces lieux communs, le patrimoine de l’eau mérite une place particulière : celle-ci est rare sur le Causse, condamnée à disparaître dans les voies souterraines du plateau calcaire. Les sources se réservent principalement aux fonds des vallées, au fil des résurgences, et l’accès à l’eau dans les collines demande une ingéniosité constante. Le chemin des puits de Laburgade, ou le chapelet de puits-cazelles visible à Espedaillac, révèlent le parcours des veines d’eau qu’il faut aller capter en profondeur. Là encore, la diversité architecturale est de mise, des puits-bouteilles affleurant au ras du sol, jusqu’à ceux couverts d’un toit d’un seul pan ou d’une voûte digne des plus belles caselles.

Le centre des villages a souvent sa pièce d’eau commune, qui répond aux multiples besoins des hommes comme des animaux : petits bassins d’eau potable, pierres à lavoir, vastes abreuvoirs accessibles en pente douce. Au cœur de Reilhac, un grand bassin s’alimente de canalisations souterraines et déverse son trop-plein dans un gouffre de proximité, Espédaillac rassemble plusieurs lacs sur son caussanel, l’espace collectif du village. Dans cette déclinaison des usages de l’eau, les lavoirs occupent une typologie à part entière : la finesse architecturale des bassins ovales de communes en bordure du Limargue, vers Reyrevignes, rivalisent avec les lavoirs-papillons du Causse de Limogne alignant fièrement leurs batteries de pierres en « v ». Enfin, éparpillés dans la campagne, ces lacs que l’on attribue au légendaire St-Namphaise, creusés à même le rocher, efficaces réservoirs d’eau de pluie, sont les derniers recours pour des bêtes assoiffées en terres isolées.

Dans ce vocabulaire de pierre, commun au petit patrimoine comme à l’architecture rurale du Quercy, l’utilisation de monolithes souligne la majesté du savoir-faire paysan, sans manquer de rappeler les ancêtres massifs du Néolithique. Dalles, linteaux, piliers, ces blocs de pierre taillés, même de façon très rustique, anoblissent par la puissance de leur masse ces constructions sans ciment. Ils font de la moindre entrée de champ un portail majestueux, d’une simple gariote un abri fortifié. En soulignant l‘encadrement des ouvertures, le seuil des portes, ils empêchent la monotonie de murs sans vie. Le calcaire a permis des linteaux d’une impressionnante portée, des dalles levées dont le poids ne permet pas de douter de leur immuabilité. Margelles et corps de puits, pierres d’évier, dallages, marches d’escalier, parfois des murets imposent cette force minérale qui rappelle sans ambages l’allégeance du Causse à son socle calcaire.

Qu’on ne s’y trompe pas : ces matériaux, malgré leur taille et le travail qu’ils nécessitent, doivent leur présence à leur proximité, leur accessibilité à moindre coût. L’architecture paysanne offre dans le Quercy un standard de fonction dicté par les usages. La noblesse du bâti n’est pas un choix esthétique mais le résultat d’une économie. C’est sûrement cette évidente réalité qui donne à cet héritage son caractère non pas spectaculaire mais mythique, une mémoire qui fait toujours référence dans l’identité locale car elle évoque le sens de la terre.

L’unité de style quercynois n’empêche pas la diversité et l’architecture caussenarde fait preuve d’une grande liberté d’adaptation. L’on ne naît pas non plus égaux devant la pierre et la hiérarchie de l’habitat révèle le rang social de chaque habitant.

Au bas de l’échelle, les maisons de brassiers, de ceux qui n’avaient que leurs bras pour toute fortune et se louaient à la journée pour les travaux les plus rudes. Patrimoine du pauvre, ces petites maisons n’en sont pas moins dénuées de charme par la modestie de leurs volumes, leurs toits pentus aux pans coupés et aux bases évasées (coyaux), « griffe » commune des couvertures quercynoises. À Quissac, plusieurs de ces maisons dites aussi « élémentaires » sont accolées les unes aux autres au centre du village, chacune faisant l’économie d’un mur mitoyen. En partant de Ladignac vers Flaujac, sur la commune de Durbans, l’une de ces demeures authentiques trône toujours, seule, sur sa parcelle de pelouse sèche.

Pour le pages, le paysan propriétaire, il est important d’affirmer son statut, sa maison s’orne d’attributs ostentatoires : c’est le luxe d’avoir plusieurs pièces, un logis à l’étage, ainsi qu’un emblématique bolet, balcon couvert typique intégrant l’escalier extérieur. Bien souvent, le pages est aussi vigneron, et le bolet couvre l’entrée d’une cave voûtée. Élément incontournable de cette fierté foncière, le pigeonnier vient s’ajouter à la bâtisse, marquant de ses pierres d’envol l’angle d’un mur ou dominant la maison de sa tourelle carrée.

Viennent ensuite les maisons de maîtres, de messieurs, grandes demeures souvent carrées dont l’architecture s’embourgeoise : escaliers à double volée, galerie, tourelles encadrant la façade…

Plutôt que des grands corps de ferme, les bâtiments agricoles s’annexent de façon libre autour de la maison : le fournil, la porcherie, le poulailler, et bien sûr la grange-étable. Ces dernières, véritables cathédrales de l’habitat caussenard, impressionnent par leurs dimensions, leurs imposants portails, le travail de leurs charpentes. Souvent mieux appareillée que la maison d’habitation, la grange rappelle par la qualité de son bâti que le confort des hommes passe après l’assurance d’une production suffisante. Telle est la leçon de cette société paysanne qui nous a légué ce solide patrimoine tout en nous démontrant que l’utilitaire peut se soumettre à l’esthétique.

Texte et photos C.Pelaprat

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