Miklos Bokor, né en Hongrie, a été déporté avec ses parents à l’âge de 17 ans, lors de la déportation des juifs hongrois au printemps 44. Sa mère a été assassinée dès l’arrivée à Auschwitz. Son père et lui ont été transférés dans un camps annexe de Buchenwald. Ils ont été séparés, sans doute au moment des « marches de la mort » de la fin de l’hiver 45. Son père est mort à Bergen-Belsen. Miklos Bokor a survécu de justesse mais, atteint de tuberculose, il a passé près de 2 ans dans des sanatoriums en Hongrie. Il est devenu peintre de formation autodidacte, peignant d’abord les portraits des patients de ses sanatoriums, puis des paysages de la plaine hongroise. Il s’est fait professeur de dessin. Pour abréger l’histoire, il est venu en France, dans le Lot, au début des années 60, à la recherche d’un médecin résistant lotois qui l’avait soigné du mieux qu’il pouvait à Buchenwald, mais celui-ci était mort peu après sa libération.
Bokor est venu s’installer en France, où il a obtenu la nationalité française, et a continué à faire des séjours dans le Lot, peignant beaucoup les paysages du causse. Entre-temps, il était devenu un peintre reconnu, obtenant deux fois un prix de la Jewish Memorial Foundation à New York, et exposant dans plusieurs musées et des galeries parisiennes et et une galerie de Lausanne. Il a finalement acheté une maison à Floirac, près de Martel, où il passait les étés. Au début des années 80, il a acheté une chapelle en ruines (transformée en grange après la Révolution, puis abandonnée), la chapelle de Maraden. Il l’a restaurée, a appris la technique de la fresque et a passé plusieurs années à recouvrir le bâtiment d’un gigantesque fresque, qui couvre tous les murs et une partie de la voûte, et qu’il a intitulée « la spirale de l’Histoire ». Il s’agit, de l’avis des critiques d’art qui ont étudié son oeuvre, de son chef d’oeuvre.
Pour tous ceux qui la voient, l’oeuvre est un choc émotionnel et esthétique extraordinaire. On y voit des foules en désordre, qui fuient on ne sait quoi vers on ne sait où, des visages émaciés au regard vide, des visages qui ne sont qu’un cri de détresse. Les références bibliques sont nombreuses, mais surtout on y voit instantanément l’évocation de la Shoah, même si Bokor a voulu, comme le titre de l’oeuvre le montre, rattacher ses souvenirs à l’histoire de l’Humanité toute entière et des oppressions toujours renouvelées qu’elle subit. Il y livre un questionnement fondamental sur « l’incommensurable violence faite à l’Homme » (ce sont ses mots). L’une des scènes les plus frappantes est le meurtre d’Abel par Cain (le premier meurtre) saisi au moment où Caïn lève son poignard vers la gorge d’Abel, au moment où il pourrait encore s’arrêter. On y trouve aussi des notes plus personnelles, comme cet autoportrait regardant s’éloigner sur le mur d’en face, un couple de dos (ses parents), ou, au milieu de la chapelle, une tombe au fond de laquelle il a tracé la silhouette de ses parents, faisant de ce lieu, aussi, un mausolée.
L’oeuvre est en bon état, mais elle est menacée par la dégradation de la toiture en lauzes que Bokor avait fait faire et qui a vieilli. Bokor étant mort sans héritier direct, la mairie de Martel a acheté le bâtiment afin d’en faire un lieu de mémoire et, à plus long terme, d’en faire un fac-similé dans le palais de la Raymondie à Martel où l’oeuvre pourra être présentée dans des conditions plus faciles d’accès que sur le causse. La toiture est recouverte d’une bâche provisoire en attendant sa restauration. Le monument est inscrit à l’inventaire des Monuments historiques et une procédure de classement est en cours. Des visites sont organisées par la Mairie, notamment lors des Journées européennes du patrimoine.
La Fondation du patrimoine s’est engagée aux côtés de la commune de Martel pour l’aider à acquérir le bâtiment (c’est fait) et pour l’aider maintenant à le restaurer. Une collecte a été ouverte sur notre site. Aujourd’hui, vous avez la possibilité d’aider la mairie facilement.Tous les ans, la délégation Occitanie Pyrénées de la Fondation du patrimoine organise un vote populaire en ligne pour décerner les « Trophées du patrimoine occitan ». Huit projets sont en lice (un par département de l’ancienne région Midi-Pyrénées). Le projet arrivé en tête des votes remportera 15 000 €, le second 10 000 €, le troisième 5 000 €.
D’un simple clic, vous pouvez faire gagner 15 000 € à la commune de Martel. Il suffit de cliquer sur ce lien : https://www.fondation-patrimoine.org/campagnes/trophee-du-patrimoine-occitan
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