Texte Philippe Lagard
De septembres en septembres les machines à vendanger gagnent vignes après vignes. Dans un an, deux peut-être, la cueillette manuelle des grappes disparaitra, tout comme la venue des saisonniers qui ponctuaient la fin de l’été comme une fête, rassemblant travailleurs portugais, gitans et étudiants. Ainsi s’évanouira le dernier des rituels sociaux de la campagne.
Voici quelques années déjà, la mise en service des machines avait libéré moissons et battages de ces servitudes et concours de voisinage qui réunissaient, à date régulière, les familles et domestiques des propriétés adjacentes pour des journées entières, laborieuses et chaudes, bien calées par des repas longs et plantureux.
Les souvenirs de ces matinées de vendanges me remontent comme des bouffées de bonheur d’enfance.
L’éveil dans la moiteur de la plume. Les raies lumineuses qui obliquent des persiennes, présage d’une chaleur franche. Le zinzin de l’abeille. L’appel des hommes qui, depuis l’aube, arpentent les vignes, et l’affairement des femmes en cuisine. Je prolongerais bien le confort douillet de cette « lovation » édredonnée, mais levé et lavé en hâte et lesté de pain grillé et chocolat au lait, équipé de sécateurs, j’irai rejoindre les vendangeurs qui m’assigneront une rangée. Les paniers en bois remplis de grappes noires sont vidés en bout de ligne dans des comportes que les plus gros bras déversent à leur tour dans des cuveaux posés sur des charrettes pesamment ramenées au pressoir au rythme sage des bœufs. A chaque maillon, chacun connait son geste et le maitre des lieux est attentif à cet enchainement qui assurera le remplissage des cuves.
Tout au long du travail et pour distraire de la peine, les plaisanteries fusent çà et là. Au cours des repas, les familles échangeront des nouvelles. Parfois, le vin aidant, les esprits s’échauffent en des disputes sans conséquences… article à lire en intégralité en commandant notre magazine en version papier ou PDF ici : https://direlot.fr/boutique/direlot/direlot-291-septembre-octobre-2026/