Du samedi 23 avril au dimanche 8 mai
« PAYSAGES » par Georges CUEILLE et un hommage à Peter et Denise ORLANDO
L’Espace Orlando honore simultanément trois artistes. Leurs parcours singuliers et très différents ont tout de même des points de convergence. Le premier est à l’évidence leur appartenance au monde de la création artistique. Le second est qu’ils se sont connus à Paris dans leurs premières années professionnelles. Le troisième est l’attachement à la commune de Saint-Jean-Lespinasse.
Georges CUEILLE né en 1927 à Bassignac-le-Haut en Corrèze, découvre très tôt le domaine artistique. Il sera étudiant à l’Ecole nationale des Arts décoratifs de Limoges et plus tard à Paris intégrera l’Académie de la Grande Chaumière. Dans un premier temps il s’installe à Vallauris, alors village de grande notoriété pour ses céramistes de renom. Il y tient un atelier de peinture et de céramique. Puis il s’établira avec son épouse Maïa à Saint-Jean-Lespinasse en 1960. Certains habitants du nord du Lot se souviennent des six années pendant lesquelles on le surnommait « le potier de Saint-Céré » en sa boutique – atelier de la place du Mercadial.
Missionné par l’Organisation des Nations Unies (l’ONU) de 1966 à 1990, il assumera la direction de programmes de formation et développement de l’art local, en Afrique Noire, Amérique Latine, Afrique du Nord, Madagascar ou îles de l’Océan Indien. Autant de séjours qu’il effectuera avec son épouse MaÏa et ses trois enfants.
De retour dans le Lot, il se consacre alors uniquement à la peinture. En 1992 le couple crée le GROUPE DES CESARINES, qui sera la première année une réunion de sept peintres professionnels de leur entourage, afin d’organiser collectivement des expositions dans le Lot et en Corrèze, jusqu’en 2002.
La peinture de Georges CUEILLE, est souvent celle de paysages parsemés de maisons ou hameaux, de champs en culture, dont il capte le pittoresque, les lignes et les couleurs contrastées des parcelles, la végétation ordonnée. Voilà des toiles qui éclatent de couleur, de chaleur. Mais le blanc peut aussi dominer, dans des pays de montagne ou de neige : là ce sont les lignes fortes des reliefs ou celles des arbres qui captent et retiennent le regard. La construction plastique rigoureuse laisse transparaître l’instinct du peintre qui interprète les formes et exerce son imagination dans les couleurs.
On est en Provence, en Grèce, en Italie. Voici à présent l’exotisme d’un homme qui a sillonné le Monde ; mais qui nous fait découvrir le charme et l’originalité de pays proches, ceux du bassin Méditerranéen, structuré par les générations d’humains qui l’ont investi.
Dans l’exposition présentée à l’Espace Orlando, où tous les tableaux de Georges CUEILLE sont à vendre, outre les paysages, se trouvent quelques compositions non figuratives, ainsi que des sujets fleuris. Les éléments naturels, dans l’univers pictural de l’artiste, deviennent motifs pour exalter la lumière et révéler la variété et la beauté du sujet interprété.
Toutes les toiles sont riches de matière et de couleur ; le peintre maîtrise à la fois l’organisation du sujet qui l’a inspiré et sa propre lecture au trait vigoureux, par un rendu de matière, celle de la peinture parfois épaisse, appliquée au couteau, par les plages de couleur intense bordées de noir. Energie, esthétisme et chaleur sont mots clés qui s’appliquent à son œuvre.
Peter ORLANDO et son épouse Denise, tous deux nés en1921, ont marqué par leur séjour d’une trentaine d’années à Saint-Céré les amateurs d’art des communes environnantes.
Peter est un artiste Américain, installé en France après la Seconde Guerre Mondiale à laquelle il a participé, lors du débarquement de juin 1944. A Paris il rencontre fortuitement Denise DELGOULET, alors que lui et ses collègues soldats en Jeep cherchent leur route. L’année suivante, avant d’être démobilisé Peter épouse Denise, dans le XVIIème arrondissement de Paris définitivement libéré.
Durand plus de trois décennies le couple a vécu et travaillé à Paris. De 1953 à 1968 ils se sont fait remarquer par la création de céramiques d’usage, vases, lampes, plats pour le service de table, aux formes et motifs très originaux, inspirés qu’ils étaient par diverses tendances de l’après-guerre. Peter est alors à la fois peintre et céramiste, assisté de Denise qui exécutera une grande partie des motifs ornant les pièces de faïence moulées par son époux. Les sujets de la peinture de Peter sont natures mortes et paysages ; mais sur la céramique les motifs seront toujours abstraits ou graphiques. Deux artistes distincts en un seul homme ! Il expose et vend ses toiles en France ainsi qu’aux Etats-Unis, grâce à deux galeries, une à Chicago, l’autre à New York. Les céramiques sont distribuées en France par quelques boutiques d’objets pour cadeaux et de décoration.
Un ami fait découvrir le nord du Lot en 1984 au couple qui achète une grande maison de caractère à rénover. Un an plus tard une exposition est organisée pour les peintures de Peter Orlando à la galerie d’art du Casino de Saint-Céré. Quelques années après leur installation, Denise apprend que Georges CUEILLE, qu’ils ont connu pendant leur période de céramistes est à proximité ! Les confrères anciens vont alors nouer des liens amicaux et Peter fera partie des membres du GROUPE DES CESARINES. Alternant les séjours à Paris ou à Saint-Céré, Peter ORLANDO continue d’exposer dans la capitale mais de plus en plus souvent dans le Lot, au soleil et au calme.
Dès 2003 Denise et Peter, sans descendants, souhaitent que leur œuvre et leur souvenir puissent leur survivre par une donation qu’ils feront à la commune de Saint-Jean-Lespinasse toute proche. Leur contribution financière sera à l’origine de l’acquisition du bâtiment qui deviendra ESPACE ORLANDO. Une centaine de toiles de Peter, une cinquantaine de céramiques de la production de l’atelier parisien constitueront un fonds artistique. La commune en confie l’exploitation et la mise en valeur à l’Association Orlando.
Peter est décédé en 2009. Malgré la douleur de la perte du compagnon au lien fusionnel très fort, Denise lui a survécu jusqu’en 2017.
La peinture de Peter ORLANDO. Une discrète évolution
Chez Peter Orlando les toiles des premières décennies 1950 – 1960, sont caractérisées par la subtilité des nuances pâles, des gris dominants. La lumière est diffuse, et dans les paysages la lumière du soleil est absente et les ombres inexistantes.
Au fil des années, les toiles de Peter Orlando s’illuminent de couleurs plus marquées et distinctes. Les fondus de nuances pâles cèdent la place à des tonalités entières, et même éclatantes dans leur profondeur. Les couleurs initialement notées par l’artiste sur ses croquis, seront peu à peu restituées de façon plus intense. Avec minutie et délicatesse, la pointe souple du couteau manié par Peter compose lentement la matière du tableau.
Les croquis préalables l’attestent, les couleurs du motif, notées à même la page du carnet, seront ensuite appliquées à la toile. Entretemps, et parfois bien plus tard, la perception de la couleur aura pu changer.
Les compositions de natures mortes ne sont pas traitées comme les paysages. Orlando arrange devant son chevalet, en atelier, les objets qui l’ont séduit, qu’il a recueillis. Au premier plan, une surface souvent noire, la table. En arrière-plan, un décor mural : carrelage, coin de fenêtre, calendrier ou parfois une grosse clé, objet presque insolite qui peut sembler en suspension autour du clou qui devrait le maintenir.
A la mezzanine de l’Espace Orlando, une sélection de tableaux et de pièces de faïence rend hommage – 100 ans après leur naissance – à un couple attachant. Leur souvenir vivra longtemps encore, pour le visiteur qui revoit ou découvre leur univers artistique singulier, chez l’amateur qui conserve jalousement une ou plusieurs toiles, ou chez le collectionneur de céramiques friand de design et d’originalité des années 1950-1960.
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Entrée libre
Téléphone : 05 65 38 74 33 – site Internet : http://espaceorlando.over-blog.fr
Parking / Accès aux personnes à mobilité réduite
