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PRAYSSAC : Ciné-débat autour du film L’Étrange couleur des larmes – Le 8 novembre à 17h30

par Vincent Besserve 2 novembre 2026
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Texte Vincent Besserve – Le 02/11/2026

En Occitanie, la viticulture, ancrée depuis l’Antiquité, a vu ses paysages et ses pratiques profondément bouleversés par le phylloxéra et l’industrialisation chimique. Le film L’étrange couleur des larmes met en lumière Alain, Didier et Simon, trois vignerons qui ont choisi de s’affranchir de ce modèle productiviste. À travers leur engagement, ils prônent un retour au respect du vivant, œuvrant pour la préservation de la terre et la transmission d’un héritage naturel authentique.

À l’occasion de la projection exceptionnelle de L’étrange couleur des larmes, la réalisatrice Hélène Bassas et Simon Busser, vigneron du Domaine des Rouges seront présents pour un échange autour du vin et de la culture des vignes. Le documentaire nous propose de suivre trois vignerons, Didier Barral à Lentheric (Hérault), Alain Castex à Banyuls-sur-Mer (Pyrénées-Orientales) et enfin Simon Busser à Prayssac sur une année culturale. Une dégustation de vin aura lieu à l’issue du ciné-débat.

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Interview d’Hélène Bassas réalisatrice

Quel est votre lien avec le monde de la vigne et du vin ?

Je suis issue d’une famille de vignerons coopérateurs en Languedoc. Enfant, je jouais dans les vignes et ma tante, mon père, me parlaient d’un temps où la rentrée scolaire fixée au 1er octobre était retardée pour que les jeunes puissent aider aux vendanges. Le cheval était l’outil, et le vin un aliment quotidien. Mon lien à la vigne est resté un élément fondamental et constant au cours de ma vie. Après mes études universitaires de droit, j’ai commencé à travailler en 1998 en tant que productrice artistique au sein de France 3 Occitanie. J’ai pu aller à la rencontre du monde viticole et des acteurs de la filière. La diversité des paysages viticoles, des domaines, la présence des caves coopératives aux abords des villages racontaient l’évolution de la viticulture dans notre région. Plusieurs rencontres m’ont donné envie de travailler la vigne à mon tour. Grâce aux conseils et à l’aide de ces personnes, j’ai pu pendant cinq ans œuvrer sur les terres des Hauts de Bonaguil dans le Lot. C’était un travail à la fois harassant et passionnant, pour faire un vin tout simple, juste issu de la fermentation de raisins cultivés en agriculture biologique.

Qu’est-ce qui vous a amenée à traiter le sujet dans ce film ?

Il y a des rencontres qui ont été marquantes, décisives dans cette envie de film. D’abord en 2004 avec Alain Castex, vigneron à Banyuls sur Mer, domaine Casot des Maillols, puis en 2008, avec Didier Barral, domaine Léon Barral à Lenthéric dans l’Hérault. Deux figures incontournables dans le monde des vins qui renouent avec des pratiques ancestrales, à la recherche d’équilibres naturels. C’est grâce à des connaissances communes que j’ai pu leur rendre visite, lier amitié. Quant à Simon Busser, je l’ai connu lorsque je cultivais la vigne à Bonaguil. Simon est vigneron à Prayssac dans le Lot domaine des Rouges. Il m’a prêté main forte et soutenue dans cette aventure viticole. Ces hommes incarnent une nouvelle génération de vignerons, altruiste, soucieuse et responsable de ses actes.

Qu’est-ce qui a marqué l’histoire de la viticulture en Occitanie ? Et à quoi ressemble le monde viticole aujourd’hui ?

Dans la grande histoire viticole de notre région, cette économie a connu de grands chamboulements. En1865, le phylloxéra, un insecte venu d’Amérique, a anéanti le vignoble français. Cela a entrainé une grande misère des vignerons qui se sont regroupés au début du XX ème siècle pour s’entraider et faire face aux difficultés de la profession. Ainsi naissait la coopération viticole.

Après la Seconde Guerre mondiale, la France entre dans une période de grande croissance économique. C’est à ce moment-là que le monde du vin commence à s’industrialiser. Des régions comme le Languedoc, le Roussillon ou le Sud-Ouest, qui sont des terres viticoles historiques, vont épouser le modèle productiviste avec l’espoir d’une meilleure rentabilité et d’une diminution de la pénibilité du travail. Pour atteindre ces objectifs, on mécanise la viticulture, on utilise des quantités énormes de produits chimiques, notamment des pesticides à la vigne et des additifs à la cave. Les conséquences sont désastreuses pour la biodiversité et on constate aujourd’hui les effets nocifs de cette agriculture sur la santé humaine. Didier,Alain et Simon sont les témoins et les héritiers de ses mutations.

Comment se positionnent les personnages du film face au modèle viticole industriel ?

Didier et Simon viennent de familles de vignerons coopérateurs et Alain a été ouvrier agricole avant de faire son vin. Ils ont commencé à travailler la vigne dans un contexte cultural modelé par les préconisations de la politique agricole nationale. Mais ils se sont questionnés sur ces méthodes, remettant en cause petit à petit ce qu’ils avaient appris et vu. Ils ont repensé leur manière de cultiver et de vinifier et se sont émancipés de l’arsenal productiviste et de la standardisation des goûts. Ces vignerons ont alors fait des vins artisanaux, des vins « nature », avec des raisins cultivés en agriculture biologique, des vendanges manuelles, et une vinification sans intrants œnologiques. Des techniques qui tendent à préserver le raisin, ses qualités intrinsèques données par un environnement respecté.

C’est avant tout une philosophie de vie. Travailler avec le vivant, développer un système agroécologique qui concilie agriculture, écologie, productivité, activité humaine et biodiversité. C’est cette démarche qui les unit.

Quelle a été votre approche pour filmer ces gens, ces pratiques ?

Avec ce film, je souhaitais que l’on ressente physiquement la réalité de l’activité du vigneron. L’idée était de s’immiscer dans leur quotidien, un voyage au long cours sur leurs terres viticoles. Les filmer dans le cadre d’une année culturale, avec ceux qui les entourent, travaillent pour eux, et capter les moments de solitude. C’est un métier dual, avec des temps énergiques, enjoués, fédérateurs suivis d’accalmies propices à l’introspection. Mon regard cherchait à capter ces instants de vie. La ba- nalité des actions, sans cesse réitérées, les stigmates de la pénibilité du travail sur les corps. C’est la répétitivité des tâches qui font le métier de vigneron, des tâches anodines et infimes, insoupçonnées, douloureuses.

Au-delà du monde viticole, quels sont les enjeux du film ?

C’est un film personnel, motivé par un désir de partage. Je souhaite transmettre cette expérience, ces paroles et permettre aux spectateurs d’entrer le temps d’un film dans cet univers viticole qui embrasse un questionnement fondamental : quelle terre, quel monde voulons-nous laisser aux générations à venir ?
Les réflexions des vignerons se rejoignent et laissent entendre qu’une seule voie sera salutaire : celle du respect du vivant. Ce qui nous amène à repenser notre relation à la terre. Comprendre que l’homme ne peut pas uniquement l’exploiter jusqu’à l’épuiser. Cette prise de conscience permettra peut-être d’inverser la tendance, d’espérer un changement des mentalités dans nos sociétés. Encore faut-il susciter ce désir de changement.

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Apropos de la réalisatrice Hélène Bassas

Issue d’une famille de vignerons coopérateurs du Languedoc, Hélène Bassas a grandi au contact du monde agricole et viticole. En 1998, elle entame sa carrière à France 3 Occitanie comme productrice artistique, un poste qui lui permet de rencontrer de nombreux acteurs de la filière viticole et d’approfondir sa connaissance de ce milieu.

Autodidacte, formée sur le terrain aux métiers de l’audiovisuel, elle construit au sein de France Télévisions un parcours riche et polyvalent, mêlant travail éditorial, présentation, réalisation et coordination d’émissions. Elle produit et présente notamment plusieurs programmes consacrés au patrimoine et à la culture de notre région.

Parallèlement à son activité audiovisuelle, Hélène Bassas s’engage concrètement dans le monde agricole. Pendant cinq ans, elle est vigneronne sur sa propre exploitation, travaillant notamment sur les terres des Hauts de Bonaguil, dans le Lot. Cette double expérience nourrit son regard et son engagement en faveur de l’environnement.

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Présentation du LoKal Production

Philippe Aussel a fondé Le-loKal en 2003 à Toulouse après avoir exercé pendant quinze ans le métier de monteur-truquiste et de responsable des effets spéciaux. Entouré de Cindy Cornic et Charlotte Bedolla, il développe aujourd’hui des documentaires de création, des films de fiction et d’animation.

Chaque nouveau film est pour notre équipe une aventure unique, que nous envisageons comme un compagnonnage. Au Lokal, nous aimons soutenir des auteurs-réalisateurs de générations différentes, dans la diversité de leurs désirs, de leurs talents et de leurs compétences. Nous aimons croiser et partager avec eux des interrogations et des visions du monde sur des thématiques variées : sociétales, culturelles, artistiques, historiques, scientifiques, avec à chaque fois la conviction de devoir mettre en œuvre les moyens humains et techniques les plus pertinents dans une approche cinématographique ambitieuse et respectueuse de chaque sensibilité artistique.

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